Pourquoi certains vins siciliens “loupent” la marche ?
1. Les cépages et leur évolution récente
La Sicile a embrassé le renouveau dans les années 1990-2000. Sur l’Etna, la redécouverte du cépage Carricante, par exemple, a accouché de blancs très tendus, presque alpins (élevés parfois jusqu’à 800 mètres d’altitude !).
Or, nombre de recettes traditionnelles (caponata, pasta alla norma) restent ancrées dans des aromatiques rondes et sucrées — aubergînes, tomates, raisins secs… Le choc entre l’acidité verticale des nouveaux vins et la douceur du plat crée une friction. Pour savourer la caponata, la douceur d’un vin blanc oxydatif (comme un Marsala secco) fonctionne parfois mieux qu’un Etna bianco tendance.
2. Puissance du plat vs. puissance du vin
Un grand classique à travers le monde, mais amplifié en Sicile : les plats comme les panelle (galettes de pois chiches frites) ou les sfinciuni (gros pains à la tomate et à l’oignon) sont puissants, denses, parfois gras. Un vin trop léger disparaîtra derrière la générosité du plat, à l’inverse un vin trop charpenté peut prendre le dessus.
- La surface viticole consacrée aux rouges puissants (Nero d’Avola, Perricone, Syrah) s’étend sur plus de 30 500 hectares (source : OIV), contre seulement 7 800 hectares pour les blancs plus frais.
- On comprend vite qu’en misant “régional” à l’aveugle, on se trompe souvent de registre d’intensité !
3. Les effets du climat (et du millésime !)
La Sicile compte plus de 2 500 heures d’ensoleillement par an — soit 500 de plus que la Toscane ! (source : ISTAT) Résultat : certains vins, issus notamment du sud de l’île, sont puissants, chaleureux, à l’alcool élevé (14,5% et plus…). Sur un plat léger ou acidulé, ces vins écraseront tout sur leur passage.
À l’inverse, les vins de l’Etna bénéficient de nuits fraîches et offrent parfois une tension qui ne colle pas avec la rusticité de plats terriens (ex. : polpette à la menthe et sauce tomate sucrée).