Ossobuco à table : quels grands rouges lui rendre hommage ?
Il y a des plats qui, dès la première bouchée, vous ramènent sur les pavés de la Lombardie, entre les volutes de vieilles trattorias o...
Vins, saveurs, traditions : le meilleur de l’Italie à votre table.
Il y a des plats qui, dès la première bouchée, vous ramènent sur les pavés de la Lombardie, entre les volutes de vieilles trattorias où flottent les effluves de viande mijotée. L’ossobuco, joyau milanais, fait partie de ces monuments gourmands. Né à Milan il y a plus de deux siècles, l’ossobuco (“os troué”, clin d’œil à l’os à moelle de la jarret de veau) mijote longuement dans une sauce tomatée, moelleuse et généreuse, parfumée de zestes d’agrumes, d’herbes et parfois de vin blanc. Qui dit mieux ?
Mais face à ses saveurs profondes, à la viande tendre, il n’est pas question de poser sur la table n’importe quelle bouteille. L’ossobuco réclame un vin rouge de caractère qui ne s’efface pas, mais qui se marie sans dominer. Puissance, structure, mais aussi élégance : voilà le défi.
Face à tout cela, un vin léger risquerait de disparaître, tandis qu’un rouge puissant va pouvoir répondre présent sur plusieurs tableaux : soutenir le plat, rafraîchir le palais, prolonger la gourmandise.
Impossible d’ignorer le Barolo. Issu du cépage nebbiolo, vinifié dans la région des Langhe, il est surnommé "le vin des rois". Quand il s’agit d’ossobuco, son alliance est logique.
Choisissez un Barolo de quelques années, qui a eu le temps d’arrondir ses tanins (évitez les millésimes trop jeunes, souvent un peu durs pour ce plat).
S’il y a bien un vin qui incarne la puissance chaleureuse, c’est l’Amarone della Valpolicella. Produit aux environs de Vérone, il naît de raisins passés (séchés) qui concentrent sucre, parfum et corps.
Ce vin est souvent proposé lors des grandes occasions. Si vous voulez impressionner, c’est un choix royal.
A ne pas confondre avec le Montepulciano d’Abruzzo (là, on est sur le cépage), le Vino Nobile di Montepulciano est toscan, et majoritairement issu du prugnolo gentile (le clone local du sangiovese).
C’est une alliance parfaite quand on aime les rouges puissants mais un rien plus « policés » ou plus immédiats que le Barolo.
Au-delà des classiques, chaque terroir a ses pépites :
L’Italie propose une diversité hallucinante : selon les statistiques de l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin), l’Italie compte plus de 545 variétés de raisins utilisées en vinification ! (Source : OIV)
On me pose souvent la question : les rouges français jouent-ils dans la même cour pour accompagner un ossobuco ? Si certains Bordeaux puissants ou un bon Châteauneuf-du-Pape peuvent tenir la route, ils n’offrent pas tout à fait la même palette que les italiens. Les jeunes Bordeaux sont parfois trop boisés, les syrah du Rhône trop épicés pour ce plat (sauf sur une variante d’ossobuco au boeuf). Si vraiment vous tenez à sortir un Français : visez un Madiran bien élevé ou un Cahors charnu : tanins généreux, notes sombres, mais attention à l’acidité.
Dans les trattorias de Milan, le débat fait rage : certains puristes refusent d’aller au-delà du classique Barolo ou d’un bon Chianti classico gran selezione ; d’autres aiment s’aventurer sur des terres moins balisées, et sortent des perles du Sud encore mal connues en France. Chez Da Vittorio, célèbre table lombarde triplement étoilée, le sommelier propose parfois un Amarone de 10 ans, ouvert en carafe deux heures à l’avance, pour arrondir la puissance alcoolique et la complexité du vin. (Source: Da Vittorio)
La tradition veut qu’on termine le repas avec la moelle, récupérée du centre de l’os à la petite cuillère, sur un morceau de pain croustillant. À ce moment précis, c’est souvent le vin qui accompagne la conversation — preuve que l’accord parfait, c’est moins la technique que le plaisir partagé.
L’astuce : goûtez toujours un peu de vin avec la sauce seule, puis avec la viande, pour comprendre comment réagissent acidité, tanins et arômes !
Au fond, l’ossobuco mérite un vin qui a du coffre, mais aussi du cœur. Les grands rouges italiens cités ici sont des compagnons d’exception. Puissants, oui, mais toujours élégants, ils célèbrent ce mariage lombard où la tradition rencontre la générosité. Que votre choix se pose sur un Barolo classique, un Amarone solaire, ou un Nobile subtilement fruité, n’oubliez jamais : rien ne remplace la magie de la dégustation à plusieurs, ni la beauté d’une table généreuse. Ouvrez la bouteille, servez chaud, et laissez la conversation faire le reste…