Grand tour des accords : fromages italiens et leur vin de prédilection
Le triomphe des fromages à pâte dure : Parmigiano, Grana Padano & Co.
Amoureux de l’apéro ou de la pasta, impossible de faire l’impasse sur les royautés lactées de l’Émilie-Romagne ! Le Parmigiano Reggiano et son cousin Grana Padano, vieillis entre 12 et 36 mois, déploient un spectre aromatique ample. Leur texture friable, légendaire, appelle des vins capables d'apporter fraîcheur ou complexité.
- Lambrusco secco (Emilia) : Rouge pétillant, très apprécié localement, qui “nettoie” la bouche entre chaque bouchée par sa vivacité. C’est un régal simple et festif.
- Colli Bolognesi Pignoletto DOCG : Un blanc vif, floral et légèrement perlant, pour ceux qui préfèrent rester dans la légèreté.
- Barolo (Piémont) : Pour une dégustation plus majestueuse et riche, un vin rouge longuement élevé comme le Barolo flattera le Parmesan de 30 mois et plus.
Notez que le Parmigiano Reggiano s’exporte à hauteur de 50 000 tonnes/an dans le monde – un record italien (Source : CNIEL, 2023).
Les fromages à pâte molle : crémeux, tendres et pleins de charme
Direction la Lombardia, où le Taleggio ou la Robiola régalent par leur douceur lactique, parfois subtilement truffée. Les blancs secs, nerveux ou fruités sont souvent les plus justes.
- Gavi DOCG (Piémont) : Cépage cortese, minéral, apporte fraîcheur et subtilité.
- Soave Classico (Vénétie) : Des arômes de fleurs blanches et d’amande, parfait pour affiner le côté laiteux des fromages crémeux.
- Franciacorta Brut : L’équivalent italien du Champagne – effervescence et délicatesse, sensation de propreté en bouche.
Une astuce : évitez les rouges corsés sur ces fromages, ils “tueront” leur finesse.
Pecorino, Caciocavallo, Provolone : les stars du Centre et du Sud
L’Italie méridionale regorge de fromages typés, plus sapides, issus de lait de brebis ou de bufflonne. Le Pecorino Romano, par exemple, compte plus de 34 litres de lait pour une meule de 27 kg et une pâte presque cristalline (Source : Consorzio Pecorino Romano DOP).
- Cannonau di Sardegna : Le parent insulaire du grenache, ample et chaleureux, pour souligner la rudesse du Pecorino Sardo âgé.
- Aglianico del Vulture : Majolet au Sud, tanins bien présents, aromatique complexe, idéal pour le Caciocavallo affiné ou le Provolone “piccante”.
- Lacryma Christi bianco (Campanie) : Cépage coda di volpe, rappelle les agrumes, parfait avec un fromage frais d’origine bufaline.
Mozzarella, Burrata & Stracchino : la tendresse à l’état pur
S’il est tentant d’ouvrir une bouteille de rosso, méfiance : la délicatesse du Mozzarella di Bufala Campana ou de la Burrata pugliese supporte mal la domination tannique. On privilégie :
- Verdicchio dei Castelli di Jesi : Cépage blanc des Marches, réputé pour sa fraîcheur et ses notes herbacées.
- Greco di Tufo ou Falanghina (Campanie) : Deux incontournables du Sud, portés sur le fruit à chair blanche, très digestes.
- Prosecco DOC : Ultra-populaire, les notes de pomme verte s’accordent sans fausse note à la boule lactée de mozzarella.
Selon Assolatte (association nationale laitière), près de 80 000 tonnes de Mozzarella di Bufala DOP sont produites chaque année en Italie. La quasi-totalité est consommée fraîche, c’est dire si elle appelle des vins tout en fraîcheur eux aussi.
Fromages à croûte fleurie et bleus : quand le vin se fait audacieux
Place aux sensations fortes ! Les fromages à croûte fleurie, type Brie italien (Crescenza), ou aux saveurs puissantes comme le Gorgonzola ou le Sbrinz exigent des accords inattendus.
- Moscato d’Asti : La douceur légère et la bulle fine apaisent la puissance du Gorgonzola piccante.
- Passito di Pantelleria (Sicile) : Vin doux élaboré à partir de raisins séchés ; les arômes concentrés se marient à merveille avec les textures crémeuses et les saveurs puissantes.
- Recioto della Valpolicella : Vin rouge doux et charpenté, compagnon de choix pour les cheddars italiens “storici” et autres fromages à pâte persillée.
Dans certaines trattorias piémontaises, il est d’usage de napper le gorgonzola de miel puis de goûter un Moscato pétillant en accompagnement – le contraste salé-sucré fait un malheur.