Pourquoi l’accord régional n’est pas toujours automatique ?
1. École des vins modernes vs. cuisine traditionnelle
L’irruption des Super Toscans a bouleversé la donne. Ces vins, nés dans les années 1970 autour de Bolgheri (pensons à Sassicaia, Ornellaia… voir Gambero Rosso pour leur histoire), se veulent denses, extraits, souvent élevés en barriques neuves. Leurs tanins serrés et leur boisé marqué bousculent la finesse de bien des plats toscans, et surtout leur discrétion aromatique.
Prenons la Bistecca alla Fiorentina. Elle réclame un vin puissant, certes, mais pas envahissant. Le boisé d’un cabernet ou d’un blend Super Toscan couvre la subtilité de la viande de Chianina, alors qu’un Chianti Classico (acide et juteux) ou un Morellino di Scansano (plus souple) la respectera sans l’écraser.
Autre exemple : la pappa al pomodoro. La douceur du plat aime la fraîcheur d’un rosso léger ou d’un vin blanc local, peu tannique, surtout pas les rouges imposants.
2. Acidité du sangiovese : allié ou piège ?
Le sangiovese se démarque par son acidité mordante, une bénédiction pour la longévité des vins… mais une difficulté pour trouver le bon plat. Sur une sauce tomate acidulée, cela fonctionne – mais sur des mets plus doux ou riches (ex : crostini di fegatini), ce tranchant peut devenir gênant. On observe souvent l’effet inverse avec les plats au gibier, où un vin au tanin souple mais moelleux (c’est rare en Toscane) s’allie mieux qu’un sangiovese rectiligne.
3. Les saveurs umami, la grande oubliée
Le foie, les anchois, les plats mijotés longtemps… La cuisine toscane use beaucoup d’umami - cette saveur ronde, profonde, qui demande des vins précis. Les rouges trop corsés accentuent l’amertume et donnent un effet métallique peu agréable avec, par exemple, les crostini di fegatini. Mieux vaut parfois un vin jeune, sur le fruit, ou même oser un vinsanto légèrement doux.