Grands vins italiens à la rencontre des bleus : zoom sur trois familles d’accords
1. Gorgonzola et Passito : l’alliance classique, mais jamais ennuyeuse
Le gorgonzola, fierté lombarde, livre deux visages : dolce (crémeux, doux) et piccante (plus affiné, piquant). Qu’il sorte d’un petit producteur du Tessin ou d’une laiterie classique, sa richesse appelle les vins passiti.
- Passito di Pantelleria DOC (Sicile) : Ce vin de zibibbo récolté à surmaturité, élevé au grand soleil, offre des arômes de fruits confits et d’épices. Sa douceur gomme le piquant et fait ressortir la noisette du gorgonzola piccante. Pantelleria produit moins de 4 millions de bouteilles par an (Consorzio Pantelleria), chaque millésime est une rencontre rare.
- Moscato d’Asti (Piémont) : Moelleux, pétillant, faible en alcool (souvent sous 5,5 % vol), il joue la fraîcheur contre l’onctuosité bleue : idéal à l’apéro !
- Vin Santo (Toscane et Ombrie) : Ce nectar issu de raisins séchés donne des notes de noix et d’écorce d’orange parfaites face à la texture beurrée d’un bleu dolce.
Petite anecdote : dans les familles milanaises, la tradition voulait que l’on plonge un morceau de gorgonzola dans le verre à dessert lors des grandes fêtes. Un accord populaire, validé par plus de deux siècles d’histoire !
2. Roquefort italien et Sagrantino : la surprise du centre
Les Italiens aiment aussi s’inspirer de l’esprit du Roquefort avec leurs propres fromages de chèvre ou de bufflonne persillés. Un territoire émergent, celui de la vallée de l’Ombrie, réunit de jeunes producteurs de “bleus” locaux.
- Sagrantino di Montefalco Passito: Moins célèbre que sa version sèche, le passito rouge de ce cépage explosif (le plus tannique d’Italie d’après les analyses de l’Università degli Studi di Perugia) livre des fruits noirs, du cacao, une puissance qui dompte l’intensité saline d’un Blu di Bufala.
- Grechetto passito: Blanc moelleux, plus rare, dont la fine acidité pince le fondant du lait de chèvre. À tester avec un “Blu di Capra” local.
Dans certains villages ombriens, il n’est pas rare de croiser ces accords lors des vendanges, servis sur du pain brioché, en clin d’œil à l’hospitalité paysanne.
3. Les bulles italiennes : l’outsider qui fonctionne (parfois…)
Certains bleus, particulièrement jeunes et doux, acceptent l’amitié des bulles. L’acidité et le perlage aident à “rincer” le gras du fromage :
- Franciacorta demi-sec (Lombardie) : Les versions “demi-sec” ou “satèn” surprennent par leur suavité. L’acidité du chardonnay, le crémeux de la bulle, laissent la bouche fraîche malgré la richesse du bleu.
- Lambrusco amabile ou dolce (Emilie-Romagne) : Ce rouge pétillant, souvent sous-estimé, fait un malheur avec un gorgonzola dolce pour un accord à la fois populaire et tout à fait gastronomique (source : Gambero Rosso).
Une astuce : choisissez toujours une version douce ou demi-sec, jamais un brut nature, sous peine de voir se lever la tempête sur vos palais.