Osez l’accord parfait : la bouteille italienne pour chaque plat principal
Les plats mijotés à l’italienne, c’est le symbole de la générosité de la botte. Prenons l’ossobuco alla milanese : jarret de veau fondant, gremolata parfumée...
Vins, saveurs, traditions : le meilleur de l’Italie à votre table.
Imaginez la scène : une belle table d’été dressée en Toscane, les tagliatelles fumantes, la promesse d’un Brunello di Montalcino qui attend sagement d’être servi... Mais dès la première gorgée, le vin vient balayer toute la subtilité du plat, ne laissant derrière lui qu’un souvenir entêtant de fruits noirs et une pointe d’amertume. Ce genre de situation, tout amateur passionné l’a vécu au moins une fois. Certains vins italiens ont la particularité de rivaliser de force, parfois trop, avec la cuisine qu’ils devraient, en théorie, sublimer. Alors, pourquoi cette impression qu’un Nero d’Avola ou un Barolo écrasent littéralement le goût de vos lasagnes ou de votre risotto ? Plongeons dans les secrets des équilibres et des contrastes italiens.
L’Italie, c’est plus de 500 cépages autochtones répertoriés (source : Vinidea), une diversité hallucinante qui offre autant de profils de vins. Beaucoup de vignerons misent sur l’expression pure du terroir : ensoleillement extrême, faibles rendements, maturité poussée des raisins… Il en résulte souvent des vins concentrés, charpentés, riches en alcool.
Ce style naturel, recherché ou accepté depuis des générations, sied à la tradition de certains plats robustes. Mais face à une cuisine plus délicate, cette générosité peut s’imposer.
Le vin qui écrase un mets, c’est d’abord une histoire de déséquilibre. En général, les « coupables » sont les axes suivants :
L’Italie du vin célèbre la franchise des goûts, mais il suffit que l’intensité d’un de ces quatre chevaux de bataille dépasse la partition du plat pour que le déséquilibre s’installe.
Sur les 87 000 restaurants italiens recensés en Italie (source : Federazione Italiana Pubblici Esercizi), la majorité joue la carte du "comfort food" – lasagnes, ossobuco, pizza, risotto, polenta… Ces plats évoquent la douceur, l’onctuosité, la gourmandise maison. Mais nombre d'entre eux possèdent une texture délicate ou des saveurs discrètes (beurre, herbes fraîches, champignons…).
Par contraste, la bresaola, la viande braisée longuement ou certains fromages (Pecorino romano, Parmigiano affiné...) supportent, eux, beaucoup mieux cette puissance. Tout est histoire d'ajustement !
Certains domaines défendent haut et fort la typicité de leurs vins, puissants par tradition. Alessandro Mori, du domaine Il Marroneto à Montalcino, assume : « Un Brunello doit marquer la bouche, il porte la mémoire de notre sol et de notre soleil » (propos recueillis dans La Revue du Vin de France). Dans le sud, Arianna Occhipinti, star de la nouvelle vague sicilienne, préfère des vins vendangés plus tôt, moins denses et plus frais. Mais dans l’ensemble, la tendance à la puissance reste forte, au moins sur certains grands rouges.
D’après l’étude annuelle du Consorzio Vini d’Italia, 57% des Grands Crus italiens dégustés à l’export affichent un taux d’alcool supérieur à 14%. La recherche d’impact, notamment pour séduire les marchés étrangers, n’a pas complètement disparu.
| Vin italien intense | Plat associé par erreur | Ce qui se passe en bouche |
|---|---|---|
| Amarone della Valpolicella (16% alc., très extrait) | Risotto au parmesan | Le vin écrase la saveur légère du riz, accentue le salé, tout devient âpre et sucré à la fois. |
| Barolo « traditionnel » (Nebbiolo, tanins massifs) | Pizza à la tomate et basilic | Le vin rend la pâte sèche, le basilic disparaît, la fraîcheur de la sauce s’efface derrière des notes de goudron et de cuir. |
| Nero d’Avola de Sicile (alcool élevé, arômes capiteux) | Poisson grillé à la méditerranéenne | Le poisson devient terne, la puissance alcoolique jure avec les notes iodées et la fraîcheur des agrumes. |
Chaque situation illustre que l’accord parfait n’est jamais garanti quand la structure du vin prend le dessus.
Il est donc essentiel d’adopter une forme de lecture sensible des étiquettes, voire d’oser demander conseil pour éviter les fausses notes.
Pas question de bouder ces grands rouges qui font la fierté de la Botte ! Mais quelques ajustements s’imposent pour que le plaisir reste entier :
Une nouvelle génération de vignerons cherche à retrouver l’élégance des vins d’antan, moins extraits, moins boisés, et plus digestes. La grande cuisine italienne aussi ose sortir des sentiers battus, jouant un accord plus subtil avec des vins régionaux moins connus. L’Italie recèle des trésors de nuances, du Lacrima di Morro d’Alba au Pecorino des Abruzzes en passant par les bulles de Franciacorta. Ouvrez l’œil et le palais, l’accord parfait n’est pas qu’une question de nom prestigieux ou de puissance : c’est une affaire de sensibilité partagée autour de la table.